Vingt-quatre heures de plus avec Jovenel Moïse au Palais national, c’est déjà trop !

By | 19 février 2021
Détenant illégalement les ressources du pays, le président de facto Jovenel Moise les mobilise de manière fantaisiste et aveuglément contre les militants cherchant à mettre un terme à ses pouvoirs illégitimes. En ce sens, nul ne doit demander aux citoyens haïtiens conséquents et patriotes de tolérer ce criminel au pouvoir, tout au moins, au-delà de son mandat constitutionnel.

New York, jeudi 18 février 2021 –Au 7 février 2021, Jovenel Moïse aura été au timon des affaires pendant 1 460 jours. Le peuple haïtien est en droit d’exprimer son ras le bol. Par tous les moyens. Face à tant de crimes financiers, d’assassinats et de mas-sacres perpétrés dans les quartiers populaires ayant coûté la vie à des dizaines de personnes, nul ne doit demander aux citoyens haïtiens de tolérer ce criminel au pouvoir, tout au moins, au-delà de son mandat constitutionnel. C’est cette urgence que la nouvelle administration Biden-Haris, arrivée au pouvoir à Washington, le 20 janvier 2021, n’a pas su saisir. Bien que durant la campagne électorale, la promesse ait été faite au peuple haïtien, par l’entremise des activistes politiques de la diaspora haïtienne des États-Unis, que la politique d’appui à Jovenel Moïse de Donald Trump serait renversée.

L’homme qui avait prêté serment comme président d’Haïti, le 7 février 2017, pour transférer les pouvoirs à son successeur élu le 7 février 2021, exerce encore tous les privilèges de l’Exécutif sans en avoir aucun droit. Et à force de violer les lois et la Constitution du pays, le peuple l’avait, depuis déjà plus de deux ans, considéré comme démissionnaire. En tout cas, il est privé de légitimité pour continuer à jouir des droits conférés au chef de l’État par la Charte fondamentale. Si la nation, décidée comme un seul homme, s’est mobilisée, descendant dans la rue par dizaines de milliers, voire des centaines de milliers, par moments, pour exiger « la démission immédiate et sans condition » de cet homme du pouvoir, depuis lors, rien n’autorise à croire qu’elle voudrait continuer à l’endurer après le 7 février.

Imaginer tous les actes criminels posés et les décisions illégales prises par Jovenel Moïse, au cours de son administration, qui ont révolté les citoyens. On peut alors comprendre leur exaspération face à ceux dont il se rend coupable depuis le 7 février, date de la fin de son mandat constitutionnel. Détenant illégalement les ressources du pays, il les mobilise de manière fantaisiste et aveuglément contre les militants cherchant à mettre un terme à ses pouvoirs illégitimes.

En effet, dans l’immense effort ―encore illégal― qu’il déploie pour s’ -accrocher au pouvoir, en marge de la Constitution, il s’enfonce encore plus profondément dans l’arbitraire, allant encore plus loin, à l’encontre des normes établies. Même François Duvalier, communément appelé Papa Doc, auquel les observateurs décernent la palme dans l’arbitraire, les crimes et les violations des droits de l’homme, s’était imposé une certaine retenue dans ses dérivesMais dans les vingt-quatre heures après la fin de son mandat, le 7 février, Jovenel Moïse a multiplié les actes et décisions illégaux, frappant notamment le système judiciaire.

Aussi a-t-il, non seulement fait arrêter puis emprisonner un juge de la Cour de cassation, Yvickel Dabrésil, mais aussi il a mis à la retraite ce dernier ainsi que deux autres juges de la plus haute instance judiciaire du pays, Joseph Mécène Jean-Louis et Windelle Coq. Consécutive -ment au juge Dabrésil, l’inspectrice générale de la Police nationale, Ma -rie-Antoinette Gauthier a été arrêtée avec une vingtaine d’autres personnes, sous le fallacieux prétexte d’avoir orchestré un complot d’assassinat du président de la République et contre la sécurité interne de l’État.

Dans le cadre des mesures draconiennes qu’il a prises, après la fin de son mandat, il faut signaler aussi la fermeture de la Cour de cassation, dont la porte d’entrée principale a été verrouillée par des policiers issus des brigades spécialisées. La même dis-position a été prise contre l’École de la magistrature. De toute évidence, Jovenel Moïse n’a pas besoin d’une justice fonctionnelle dans l’univers PHTKiste. Le président de facto d’Haï ti continue sur sa foulée anti-constitutionnelle, jouissant de l’impunité, sans la moindre hésitation.

Pourtant, le peuple haïtien, recevant ses signaux de sa diaspora, basée aux États-Unis, se croyait autorisé à croire que, contrairement à Donald Trump, qui cautionnait les dérives de Jovenel Moïse, Joe Biden donnait l’assurance d’un changement de la po -li tique américaine à l’égard d’Haïti. Aux prises avec celui-là menant campagne pour rester au pouvoir au-delà de son mandat constitutionnel, le 7 février, les Haïtiens croyaient fermement que le successeur de Donald Trump allait envoyer un signal clair à Moïse, quant à son mandat constitutionnel prenant fin à cette date, tel que stipulé par la Constitution de 1987 amendée et la Loi électorale de 2015.

Nonobstant les contorsions diplomatico-politiques destinées à jeter la poudre aux yeux, le langage de bois des hommes du Département d’État, ou encore le geste d’un candidat à la présidence s’agenouillant en signe d’humilité, dans le quartier haïtien, à Little Miami, en Floride, la politique du prédécesseur de M. Biden, qui a, le premier, lancé la boutade humiliante aux Haïtiens et aux pays africains qualifiant leurs pays de « Trou de merde » (Shithole), demeure inchangée.

Il y a fort à parier que les Haïtiens d’origine haïtienne, qui ont rallié l’équipe Biden-Harris ayant donné l’assurance qu’une remise en question des agissements du Département d’État de Trump en faveur de Jovenel Moïse, allait s’affirmer, donnant l’impression que, arrivée la date du 7 février, le cauchemar Jovenel Moïse ne serait plus qu’un mauvais souvenir, sont désappointés.

En fait, la déception est énorme. Car, plus d’une semaine après la fin du mandat constitutionnel du président de facto haïtien, le peuple haïtien se trouve encore victime de la politique digne d’un pays égal à « un trou de merde ». Car, lors d’un autre point de presse, le 12 février, Ned Price, porte-parole du Département d’État, a réitéré la position américaine à l’égard d’Haïti, telle qu’il l’avait exprimée une semaine auparavant. Selon lui, son pays s’aligne sur la position partagée entre l’ONU et l’OEA souhaitant des élections générales pour aboutir au transfert du pouvoir à un président élu par un autre au terme de son mandat. Ce qui veut dire, de toute évidence, Moïse jusqu’au 7 février 2022.

Dès lors, l’écrasante majorité des citoyens haïtiens voulant se défaire du président de facto Jovenel Moïse comprend bien pourquoi celui-ci s’ obstine, malgré la farouche opposition dont il est l’objet de la part de la nation, à se cramponner au pouvoir, agaçant même les citoyens, disant « Mwen kwoke nan gòj nou ». (Je suis de travers dans votre gorge.) Mais aussi ce qui explique son obstination à violer avec tant d’effronterie la Constitution et les lois du pays.

En clair, les policiers dévoyés de Moïse n’ont pas arrêté de tirer de vraies balles sur les manifestants anti-Moïse, tuant des victimes et faisant des blessés dans leur rang, après le 7 février. Les mesures scélérates qu’il a prises contre des juges, les tribunaux et des manifestants pacifiques, en sus des citoyens revendiquant leurs droits, sont mises à exécution, après la fin de son mandat constitutionnel. Tout cela, parce que Jovenel Moïse sait, par le truchement de ses lobbies œuvrant en collaboration avec le Département d’État et d’autres institutions américaines connexes, que ses actes et décisions mis en train sur le terrain ne seront pas désapprouvés par la présente administration des états-unienne.

Si Joe Biden et son équipe avaient quelque doute, quant à la détermination du peuple haïtien à se débarrasser de son bourreau, en la personne de Jovenel Moïse, qu’ils se donnent l’occasion de visionner la vidéo montrant la marée humaine qui a foulé le macadam, rien qu’à Port-au-Prince, le dimanche de la Saint Valentin, le 14 février, pour forcer le président de facto à vider les lieux.

En clair, l’incompréhension de la nouvelle équipe administrative, à Washington, vaut déjà au peuple haïtien des jours de trop d’actes et de décisions criminels de Jovenel Moïse. Combien en faut-il encore avant que survienne un changement de politique à l’égard d’Haïti ? En tout cas, il est plus que temps que le tandem Biden-Harris éclaircisse sa position sur Haïti et de prouver qu’il a bien l’intention de joindre le geste à la parole.

Editorial de Haiti-Observateur
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